Photo Abbaye de Rouge Cloître JC VITOUX

L’Abbaye de Rouge Cloître

Extrait du Guide du visiteur « A la découverte de l’histoire de Rouge-Cloître » publié par le Centre d’Art en 2012. (Auteurs: Emilie Debauve, Vincent Van Hamme, Sylvianne Modrie, Florence Mainguet, Martine Gillet et Thierry Eïd).

Il se construisit une modeste cabane afin d’y mener une vie d’ascète. Son ami le prêtre Guillaume Daneels, attiré par les lieux et désireux de vivre auprès de l’ermite, mais dans un lieu moins humide, demanda à la duchesse Jeanne de Brabant le droit de s’établir sur un autre terrain.

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Photo restaurant Abbaye de Rouge Cloître JC VITOUX

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De l’Ermitage au Prieuré (1359 – 1392) :

Le prieuré de Rouge-Cloître doit son origine à l’établissement d’un ermite du nom de Gilles Olivier qui décida, aux alentours de 1359, de s’installer dans la Forêt de Soignes au lieu-dit Ten Brugsken.

Il se construisit une modeste cabane afin d’y mener une vie d’ascète. Son ami le prêtre Guillaume Daneels, attiré par les lieux et désireux de vivre auprès de l’ermite, mais dans un lieu moins humide, demanda à la duchesse Jeanne de Brabant le droit de s’établir sur un autre terrain. Ils obtinrent ainsi l’autorisation de bâtir leur nouvelle habitation à l’endroit où se trouve le site actuel de Rouge-Cloître.

En 1366, ils construisirent un ermitage, constitué d’une chapelle et de quelques bâtiments pouvant accueillir neuf ermites. Cet ensemble de bâtiments en bois et en torchis fut appelé Rode Cluse qui signifie, l’ermitage rouge.

Comme la plupart des ermites, ceux de Rode Cluse s’efforcèrent de concilier leur règle de vie avec celle d’un ordre religieux existant. Ils choisirent de suivre la règle de saint Augustin dont la chasteté, la pauvreté, le partage des biens et la prière constituent les fondements.

En 1369, ils obtinrent de l’évêché de Cambrai la consécration de leur chapelle dédiée à Saint Paul, le droit d’ériger un autel et de lire les offices, mais non celui d’administrer les sacrements.

En 1372, leur mode de vie, leurs règles liturgiques et leur institution furent approuvés par l’évêque de Cambrai. Appartenant à des familles d’officiers de la duchesse Jeanne de Brabant et bénéficiant de sa protection, les cinq ermites de Rode Cluse décidèrent de transformer l’ermitage en prieuré.

En 1373, l’évêque de Cambrai les autorisa à agrandir les bâtiments et à consacrer un nouvel autel ainsi qu’un cimetière.

En 1374, Guillaume Daneels fut désigné premier prieur de la communauté. Rode Cluse devint alors le Prieuré de Saint Paul en Soignes, dit Rubea Vallis (Vallée Rouge), et appelé ensuite plus couramment Roeden Clooster (monastère rouge), Rood Klooster, Rouge-Cloître, nom qui lui est resté jusqu’à ce jour.

L’appellation Rouge-Cloître trouverait son origine dans la couleur de l’enduit protecteur, fait à base de tuiles écrasées, dont étaient recouverts les murs des bâtiments.

Une autre explication, d’ordre étymologique, est également envisageable. En effet, le préfixe « roo » du néerlandais « rooien », qui signifie : déterrer, arracher, défricher, indiquerait que le prieuré fut bâti dans un lieu déboisé. Ce préfixe apparaît dans bon nombre de noms de communes, notamment en français où il correspond à « sart », du verbe « essarter », que l’on retrouve avec le nom de la commune de Rixensart.

Le choix du lieu d’implantation du prieuré était très judicieux.

 

Les forêts des alentours apportaient non seulement la paix et la solitude propices au recueillement, mais elles procuraient également du bois pour les constructions et le chauffage. Les pentes sablonneuses des environs livraient du grès calcaire, un matériau de construction de bonne qualité et plusieurs sources débitaient une eau pure alimentant les étangs poissonneux.

Grâce aux privilèges octroyés par Jeanne de Brabant et à la générosité des donateurs, le prieuré s’épanouit rapidement. La duchesse combla le Rouge-Cloître d’avantages telle l’exonération d’impôts et la mise à disposition des terres et des étangs des environs. En échange des dons perçus, les chanoines donnaient des messes en l’honneur des donateurs et leur offraient chaque année une quantité de poissons de leur élevage.

Le premier Prieur, Guillaume Daneels, rendit les bâtiments dignes de l’importance croissante du prieuré. La première pierre de l’église fut posée le 31 mai 1381, sous la direction d’Adam Gheerys, architecte de la Cour.

L’église, consacrée en 1384, fut construite en pierre calcaire provenant des talus rocheux des alentours. Entre-temps, les chanoines avaient bâti la sacristie, le cloître, deux cours fermées ainsi que le premier mur d’enceinte. Ils avaient également asséché les marais, défriché, nivelé et préparé les terres pour la culture. Le prieuré disposait de son propre moulin à eau pour y moudre le blé provenant de leur propriété.

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Le Prieuré de Rouge-Cloître aux XVe et XVIe siècles : développement, épanouissement et apogée

Les trois prieurés présents en Forêt de Soignes, Groenendael, Rouge-Cloître et Sept-Fontaines constituèrent, en 1402, une congrégation dont Groenendael prit la tête.

En 1412, la congrégation rallia celle de Windesheim aux Pays-Bas. Le prieuré de Rouge-Cloître vit alors s’élargir son horizon et ses activités devinrent remarquables. Beaucoup de charges, comme l’enseignement, furent confiées par Windesheim à des chanoines de Rouge-Cloître auprès d’autres couvents et monastères.

Jusqu’à la fin du XVe siècle, le prieuré vécu paisiblement, embellissant ses bâtiments, ornant son église d’une triple rangée de stalles de style gothique flamboyant, construisant une infirmerie ainsi qu’une voûte pour capter les eaux à la sortie des étangs supérieurs. Les chanoines enrichirent leur bibliothèque de copies exécutées dans leur scriptorium, de travaux originaux, de dons, d’achats et de legs. On y trouvait des ouvrages théologiques et hagiographiques mais aussi des récits de chroniqueurs tels que les chanoines Jean Gielemans et Gaspar Ofhuys, racontant l’histoire de la communauté de Rouge-Cloître au 15e siècle. Certains manuscrits dataient du XIIe siècle.

La réputation de la bibliothèque de Rouge-Cloître allait de pair avec celle de son scriptorium, de son atelier de reliure et des travaux d’enluminure. Les souverains Maximilien d’Autriche, Charles Quint, les archiducs Albert et Isabelle ou encore Charles de Lorraine fréquentèrent le prieuré et parfois y séjournèrent. Il était courant pour les princes de visiter le monastère se trouvant près du lieu de chasse et de jouir de l’hospitalité des moines.

Le peintre primitif flamand Hugo Van der Goes y passa les dernières années de sa vie.

Durant la première moitié du XVIe siècle, la vie matérielle du prieuré atteint son apogée. Deux catégories de personnes y vivaient : les chanoines et les frères convers. La vie des chanoines était réglée suivant un horaire très strict et chacun travaillait sous la direction du prieur. Les travaux manuels tels l’entretien des bâtiments, du potager ou encore l’exploitation agricole étaient assumés par les frères convers.

Tout au long de son existence, le prieuré reçut de nombreux dons et bénéficia de la protection des souverains.

En 1513, Charles Quint fit un don en vue d’agrandir l’église et, en 1525, il offrit un vitrail comportant ses armoiries qui fut placé dans le chœur.

C’est ainsi que le Rouge-Cloître connut son apogée au cours du XVIe siècle.

 

De la fin du XVIe au XVIIIe siècle : période de déclin, exil et suppression du prieuré

La période de faste et de paix ne fut pas de longue durée. Le prieuré fut sévèrement touché par les guerres de religion.

En 1572 il fut pillé et incendié par les hérétiques.

En 1581, les religieux s’exilèrent dans leur refuge de la rue des Alexiens à Bruxelles et ce jusqu’en 1607. Dès cette époque, le déclin de la communauté se ressentit d’avantage. Une fois cette période de désordre terminée, la vie courante repris doucement à Rouge-Cloître. Les chanoines, de retour à Auderghem après 26 ans d’exil, restaurèrent les bâtiments délabrés. Le prieuré fut reconstruit et développé dans le courant des XVIIe et XVIIIe siècles pour lui donner son aspect définitif.

Les quinze étangs, la somptueuse église bâtie en grès blanc et décorée d’une œuvre de Rubens, La Décollation de Saint Paul, les nombreux autres bâtiments, les champs, les vergers, les jardins potagers, tous ces éléments en firent un joyau de la Forêt de Soignes.

À la fin du 17e siècle, des crises internes affaiblirent fortement le niveau spirituel du prieuré. Les importants travaux de restaurations et de transformations, notamment la destruction du cloître pour en reconstruire un beaucoup plus grand, entrepris par le prieur Gilles de Roy, faillirent ruiner le prieuré.

En 1693, un incendie ravagea une partie du cloître. La bibliothèque, qui recelait un trésor de manuscrits réalisés sur place, fut heureusement épargnée mais il fallut reconstruire ce qui avait été détruit et cela augmenta encore les dépenses et les endettements.

De plus, durant la première moitié du XVIIIe siècle, les institutions monastiques commencèrent à faire l’objet de critiques de plus en plus acerbes. Le gouvernement autrichien s’attaqua tout d’abord aux biens des communautés religieuses. C’est ainsi que le prieuré de Rouge-Cloître fut contraint de payer de lourdes contributions qui réduisirent son patrimoine.

En 1783, le décret de Joseph II supprima de nombreux ordres contemplatifs jugés inutiles, dont les prieurés de Rouge-Cloître, de Groenendael et de Sept-fontaines. Dès lors, les chanoines n’avaient pas d’autres choix que de se séculariser ou de chercher à entrer dans une autre congrégation.

La communauté de Rouge-Cloître se dispersa et ses biens mobiliers furent vendus. En 1794, les plus beaux manuscrits furent emmenés à la bibliothèque impériale de Vienne. Les bâtiments qui existent encore actuellement ne donnent qu’une faible idée de la splendeur passée du prieuré.

Après quelques péripéties qui laissèrent croire à un renouveau du prieuré, celui-ci fut définitivement supprimé en 1796 sous le régime français.

Les XIXe et XXe siècles : vente publique, transformation en un site industriel puis, en un lieu de promenade et de détente

En 1798 le domaine fut divisé en parcelles afin d’être vendu. Lors de la vente publique, les bâtiments furent rachetés par les premiers industriels qui bientôt s’établirent à Rouge-Cloître.

Durant près d’un siècle, plusieurs industries, telles une filature, une verrerie, une blanchisserie, une teinturerie, une savonnerie, un atelier de tailleur de pierre, ou encore une forge, se succédèrent sur le site.

La brasserie et l’infirmerie furent les premiers bâtiments à être détruits ainsi qu’une partie du cloître. Quant à l’église, elle subit de sérieux dommages pour être ensuite ravagée par un incendie involontaire en 1805.

Ces diverses entreprises disparurent vers la fin du XIXe siècle.

Attirés par la nature et le charme de l’ancien prieuré, le site de Rouge-Cloître devint alors un lieu très fréquenté par divers artistes paysagistes.

En 1900, différents projets comme la construction d’un barrage, celle d’un lotissement ou encore l’installation d’un jardin zoologique furent envisagés. Par peur d’importants changements du site, les pouvoirs publics décidèrent de prendre des mesures de sauvegarde.

En 1910, le domaine fut acquis par l’État belge, ce qui mit fin aux menaces de morcellement et aux différents projets d’exploitation.

Le site fut classé en 1959 et devint la propriété de la Région de Bruxelles-Capitale en 1992.

Aujourd’hui, la gestion du site est partagée entre la Régie Foncière de la Région de Bruxelles-Capitale qui a la responsabilité des bâtiments et Bruxelles Environnement  qui s’occupe des espaces non bâtis.

La commune d’Auderghem est locataire d’une partie des bâtiments où différentes institutions cohabitent : le Centre d’Art de Rouge-Cloître, les ateliers d’artistes, la Maison du Conte de Bruxelles et l’a.s.b.l. Cheval et Forêt.